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samedi 19 janvier 2013

On s'accommode


dimanche 20 janvier 2013
07:45

On s'accommode, on s'accommode à tout, vous savez. Montesquieu nous le recommandait déjà lorsqu'il écrivait dans ses "Cahiers" : "Cherchons à nous accommoder à cette vie ; ce n'est point à cette vie à s'accommoder à nous."

Ainsi on s'accommode à ces deux vertèbres lombaires qui se chevauchent et vous obligent à sortir du lit très tôt le matin lorsque la douleur devient insupportable. Mais à cela, voyez-vous, on s'accommode. On s'accommode parce qu'on n'y peut rien … à moins de prendre un abonnement quotidien chez un ostéopathe. Ah! si vous vous accommodiez à ce que de mauvaises bactéries viennent s'installer dans votre estomac pour finir par le grignoter tout cru, vous seriez idiot car, aujourd'hui, ce mal peut être combattu en huit jours par des antibiotiques.

Alors pourquoi s'accommoder, s'accommoder toujours de vexations, de vilenies, de vacheries sournoises, d'une St Valentin sans baisers, d'une virilité évanescente, ou même d'un semblant de vérité? Parce que vous êtes accommodant, mon vieux! Et que vous êtes l'as de la fuite domestique. Si vous savez trouver des accommodements aux positions tranchées de votre beau-frère, vous êtes bon prince. Si vous êtes devenu aisé à vivre, c'est que vous avez su mettre un éteignoir sur votre ego et que, si vous le laissez gonfler, c'est en cachette, dans des productions que vous vous figurez avoir une valeur artistique.

Eh, oui! Vous êtes devenu traitable : c'est un mot qui existe mais qui vous ruisselle sur la gueule, non? Ah! Vous vous cachez! Cachez-vous donc, jusqu'à devenir complaisant. N''est-ce pas ce que l'on attend de vous?
Quittez donc vos humeurs d'acariâtre, de vieux grognon, d'insociable, d'intraitable, d'intransigeant et, même, de pointilleux, voire de susceptible. Ah! Surtout : ne devenez pas tranchant! Vous feriez croire que vous avez de l'orgueil. C'est avec ce mot que l'on cloue le bec à ceux qui rêvent d'un monde meilleur.
Accommodez-vous.

Deux roses Sweetness



La première de ces deux roses est celle qui illumine encore à l'instant le coin de l'évier de ma cuisine.
La deuxième était prête à se pencher, vous savez comment font les roses : juste au-dessous de la corolle, la tige devient faible et elles s'inclinent alors pour nous tirer leur révérence d'un triste geste silencieux.
C'est elle que j'ai "épilée", en prenant délicatement chaque pétale entre le pouce et l'index. Et c'est alors que j'ai ressenti ce contact qui m'a donné le frisson. J'en ai parlé dans le texte précédent.

Les roses Sweetness sont mes préférées depuis que je les ai utilisées dans mon dernier roman intitulé  "COMPLICES". En effet, dans ce roman, une rose de ce type est adressée pare le service Florajet à l'individu qui avait intérêt au crime qui vient de se produire. Dans le roman, quatre de ces roses ont été adressées ainsi. Une cinquième aurait dû l'être également car, il se trouve que ce roman compte cinq meurtres. Mais c'est là qu'est la faille de l'organisateur grand ordonnancier qui manipule les êtres qui ont adhéré à ses propositions.

Curieuses propositions d'ailleurs. Chaque meurtrier échange son crime contre celui d'un autre et effectue ensuite un crime dans lequel il n'a aucun intérêt en jeu. Croiser les assassinats afin que l'on ne retrouve pas la piste du meurtrier décide ceux qui hésitaient encore à passer à l'acte.

Certaines bonnes pages de ce roman seront postées sous peu. J'adresserais volontiers à ceux qui m'en feraient la demande un exemplaire e-book de ce roman, à condition qu'en échange je puisse recevoir des commentaires. Nous échangerions car, c'est vrai on étouffe tout seul assis sur son blog.
Me contacter à mon adresse e-mail : georges.lautier56@orange.fr

vendredi 18 janvier 2013

Deux roses! Oh! mon DELIRE!


Deux roses dans un vase, un vase à section carrée, long comme un cou de danseuse étirée sur ses pointes. J'en ai toujours une au moins, là, au coin de l'évier en inox qui réchauffe la froideur du métal.
L'une se fanait, l'autre la regardait périr peu à peu.
Pour sauver cette fleur attendrissante avec son air penché, je me suis dit qu'il fallait, très vite avant qu'elle jaunisse, épiler ses pétales, les coucher sur du papier absorbant et les presser sous de gros livres. Stupeur! En manipulant la fleur, j'eus comme l'impression délicieuse de froisser un tissu de soie, un tissu intime au milieu duquel j'aurais cherché un chemin de mes doigts.
Un trouble me prit bien que je parvienne à mes fins : dénuder la rose. Ainsi démantelé, ce qui était un objet de fièvre ne fut plus qu'un matériau presque banal. En effet, je fais sécher des pétales de roses dont je recouvre ensuite la vitre de mon scanner. J'obtiens ainsi des fonds secrets pour mes délires. Car je dessine à l'encre de chine sur divers tirages que je renouvelle en déplaçant les pétales, en changeant de type de roses. J'ai un faible pour la Sweetness. D'un blanc pâle, ses pétales sont tâchés irrégulièrement de sang, comme si la rose s'était approchée de trop près d'une lame effilée.
Mon trait devient aventure, les méandres du dessin que m'offrent les pétales couchés ôtent de mon esprit toute idée précise et je me perds parfois. Je n’ai jamais été trop adroit pour atteindre la grotte embaumée où glisser mes ardeurs. Quel délice d'ailleurs de se laisser guider par une main amie!

Mais aujourd'hui, loin de ces réalités passées, je vais rester longtemps frissonnant de ce touché humide de pétales cueillis à la gorge même d'une rose au contact de soie.




jeudi 17 janvier 2013

Je sais lire, pas seulement des romans


Moi aussi je sais lire. Je lis dans les gestes, les propos que l'on me tient, la façon que l'on a de me parler. Je lis aussi bien dans les rictus que dans les sourires glacés, dans les attitudes que dans le port de tête, l'inclinaison du regard, la pression des lèvres ou les moues méprisantes. Je lis en toi comme dans un livre ouvert et j'ai su quand tes yeux me revenaient avec ces plis que l'on doit à l'explosion du plaisir.
J'entends aussi, tiens! J'entends ton être qui joue à éloigner le mien et le ton de ta voix qui me cingle. J'entends ton pas marteler le sol alors qu'il pourrait glisser et être prémices à un bras de toi passé tendrement et par surprise autour de mon cou pour l'enlacer et le faire frémir d'émoi.
Je sais lire dans ta vie comme tu la mènes aujourd'hui, en faisant croire que tu n'as aucun dépit, aucun regret, plus aucune espérance ; que tu t'accommodes de ce que je ne saches pas lire les romans, de ce que je devienne vieux.
Je sais lire lorsque tu veux par quelques mots te dispenser d'un discours explicatif et détaillé qui m'anéantit de non-dits que je perçois pourtant. Car, je sais lire, j'entends et je vois. Mais je ne sais plus fuir ; je reste prisonnier de souvenirs qui font mon aujourd'hui. J'ai baissé ma garde, je ne veux plus combattre.
La fin de la vie doit-elle être le temps de l'anéantissement? Faut-il, tout à coup, mesurer l'inanité de l'existence en un instant? Si encore on mourrait ébloui par cette vérité subite!

mercredi 16 janvier 2013

Après Pelléas et Mélisande

Bravo pour la musique de Debussy. Bien interprétée, irisée comme un étang au coucher du soleil. En fait, comme il la voulait : semblable à une oeuvre de peintre impressionniste de son temps. Ma fille (c'est elle qui nous avait offert les places) qui assistait aussi au spectacle m'a fait cette remarque, très juste : ces musiciens dans leur fosse, on ne les voit pas. Sinon leur chef qui ne montre que l'envers de sa tête. La musique qui nous parvient dans ces conditions semble être celle d'une bande enregistrée. Elle est même étouffée. Mais, lui ai-je répliqué, l"opéra c'est ainsi. Ce n''est pas l'orchestre qui est premier, mais ce qui se passe sur la scène. Les chanteurs, les actions qui se succèdent sont ceux sur quoi on veut que le spectateur porte son attention.
Or, dans le Pelléas et Mélisande d'hier soir - sans doute cela tenait-il à la mise en scène - on eût préféré se contenter de la musique de Debussy. Le texte de Maeterlinck venait presque comme un artefact couvrir les musiciens. D'ailleurs, l'argument n'était pas clair. Le langage, loin d'être littéraire. On se demande pourquoi Debussy est allé cherché un tel texte, amphigourique et pédant, pour le bercer vainement de sa musique. Il n'en devient pas meilleur. Et même, le contraste entre les deux est si flagrant que l'on n'a plus qu'une envie après avoir assisté aux cinq tableaux de l'oeuvre, c'est de pouvoir écouter la création du musicien sans celle du librettiste.
Il faut pardonner à Claude Debussy de s'être fourvoyé dans cette galère : Maeterlinck était un poète renommé dans la cohorte des poètes symboliques de l'époque. Il eut même le Nobel de littérature. La notoriété, ça peut tromper son monde.

Malgré tout la soirée fut agréable. L'Opéra de Nice, un théâtre à l'italienne, fait un peu vieillot mais il a du charme. A l'entracte, on pouvait se restaurer debout. J'y ai vu beaucoup de vieilles personnes friquées, femmes en vison, messieurs avec des boutonnières garnies s'en mettre plein la lampe en buvant du champagne. Ma fille notait ses observations quand à la faune qui nous entourait. Elle devait renseigner son mari, un agrégé sociologue émule de Bourdieu qui, hier soir à l'Opéra de Nice, n'aurait pas arrêté d'écarquiller ses yeux.

mardi 15 janvier 2013

À l'opéra de Nice

Ce soir, au milieu des intempéries touchant jusqu'à la Côte d'Azur, nous allons à l'Opera
L'Opera de Nice oû l'on donne Pelleas et Melisande de Claude Debussy. Nous serons loin de la guerre, celle que mène notre pays au Mali
Pour Noël, notre fille vivant à Grasse nous a offert deux places pour la première représentation
Je rapporterai peut-être demain, ici, quelques impressions! L'orchestre est celui de Nice
Le chef, je ne le connais pas, les chanteurs non plus. Qui sait? Je serai peut-étre surpris. Tant mieux et je vais en profiter car, le lendemain, il me faudra reprendre la route avec sans doute de la neige partout, partout. Mais pourquoi s'inquiéter avec quatre pneus neufs alpins de chez Michelin?
Ah! Tellement deçu de voir revenir les manuscrits refusés de SCHOOL FICTION et de COMPLICES par les grandes maisons d'éditions françaises, j'ai attrapé qui traînait chez moi HOME de Toni Morrison. Mon épouse venait de le terminer. Bien sûr, j'en ai pris un coup, un coup de vieux ou un coup tout simplement? Une sincérité, un naturel pour des histoires de femmes et d'hommes souffrant. Une humanité que l'on ne dit jamais noire mais que l'on sait avoir été maltraitée.

Je ne voulais plus écrire. Mais je vais en essayer encore un, comme elle si je peux. Elle m'a redonné confiance et surtout le désir de dire, de raconter les douleurs des hommes et des femmes. Les douleurs pour mieux s'extasier sur les joies lorsqu'il s'en trouve.

Je salue bien les promeneurs qui passent de temps à autre sur le Bd du DÉLIRE!



samedi 12 janvier 2013

2013


J'ai fait en sorte, cette année, de ne pas présenter mes vœux. Cette pratique me paraît de plus en plus conventionnelle et stérile. D'ailleurs, ne relève-t-elle pas de la pure superstition? Elle est même incantatoire dans la bouche de certains : ils implorent le sort de vous protéger, de vous accorder - surtout! - la santé.
Et puis tous ceux qui, une fois par an se souviennent que vous existez, après avoir fait un beau geste en achetant la carte qu'ils vous adressent à des handicapés qui peignent avec les pieds, ne vous ignorent-il pas tout le restant de l'année?

Pourquoi, à une date précise, le premier jour d'un nouveau calendrier, se souvenir de ceux qui comptent pour vous? Faut-il faire une habitude de notre sollicitude ou bien une vigilance?
Le souci de sociabilité ne nous ferait-il pas tomber dans la convenance la plus grégaire?

Et puis ces vœux répétés depuis des années arrangent-ils quelque chose à notre condition? Non, et c'est la preuve qu'ils sont vains. Attendez donc plutôt de vos proches qu'ils soient plus réalistes, plus combattifs et qu'ils se débarrassent de ce qui embue leur conscience.
Qu'ils prennent enfin leur destin en mains.

Georges LAUTIER