compteur

mercredi 2 mai 2012

BORMES les MIMOSAS



A Bormes les Mimosas sur la côte varoise, la ville est un jardin. Les ruelles qui montent à l'assaut de la colline ne sont que bouquets de fleurs colorées et arbustes odoriférants. Nous étions ce dernier dimanche d'avril avec notre fils et sa fille Agathe que nous avions rejoint au Lavandou où nous avons passé deux jours dans une location de vacances. Déjà un avant-goût de l'été quoique cette année la pluie était au rendez-vous. Malgré tout, la Côte d'Azur garde un charme si attrayant que l'euphorie vous gagne, quel que soit le temps.

lundi 23 avril 2012

Une Patrie ?

J'habitais, de ce temps, un pays ; un pays qui devait avoir des frontières,
un pays qui pouvait avoir une histoire.

De ce temps, je n'habitais pas une planète, non :
j'étais enfermé dans les frontières et l'histoire du pays que j'habitais de ce temps.
De ce temps, les frontières ; de cet autre, l'histoire.
De tous temps, un pays que j'habitais alors
et par mégarde du hasard.

Pourtant,
il fallut bien que je m'y fis ;
ils firent tant que je m'y fixai.

Et les frontières devinrent douane
et, l'histoire, passé.

Donc, j'habitais de ce temps un pays
qui devint : mon pays.

Pourquoi,
puisque tout était fortuit,
voulait-on que j'en fasse ma patrie?


                          ( " Poèmes d'antan" - non daté)

jeudi 19 avril 2012

COMME ETRANGER (version piano solo)


Les photos accompagnant ce morceau ont été prises lors d'un voyage récent dans le Luberon.
Avez-vous d'autres questions, chers visiteurs?

mercredi 18 avril 2012

COMME ETRANGER version instrumentale


Les photos illustrant ce morceau proviennent de clichés que j'ai pris récemment dans les vieilles rues de Grasse, la capitale mondiales des parfums.
Georges Lautier

COMME ETRANGER chanson de Georges Lautiet

Une chanson enregistrée avec les moyens du bord. Mais vous avez les paroles qui défilent pour aider votre audition. Vers la fin de la chanson, vous lirez POINT et vous entendrez pont. Il arrive que lorsqu'on chante on substitue subitement un mot à un autre : on appelle cela une correction en live!
Bonne audition.
Georges Lautier

samedi 14 avril 2012

CONVOQUE PAR LE PROVISEUR (2) suite

Et c'était dans cet antre que je devais pénétrer maintenant.

Je frappais, timidement et comme espérant que le toc-toc de mon doigt soit absorbé par le bois massif de la porte et se perde dans les veines que je distinguais parfaitement sous la cire odorante. Il en fut bien autrement puisque mon appel fut entendu et que je reconnus la voix de M. Aeckert dire : Entrez!

Trois quatorze cent seize courait sur les murs tout autour de la pièce, enjambant le portrait du Président de la République de l'époque. Le quotient célèbre était poussé chaque jour un petit peu plus loin et notre directeur inscrivait ses décimales au mur, impunément. L'atmosphère en était imprégnée et, de ce fait, définie.

Il était clair, à ce que je comprenais du discours de M. Aeckert, que je ne pouvais en rien être considéré comme une décimale de cette suite arithmétique projetée sur les murs. En venant aux parois même de son bureau, le nez levé vers ces emboîtements numériques, il cherchait en vain à quel niveau j'aurais pu trouver place en m'identifiant à quelque chiffre bien venu. J'introduisais le désordre dans cette succession par le choix que j'avais fait de discuter de la raison de cette expression, d'un quotient qui, en lui-même, tel quel, ne posait aucun problème puisque, entité, il devenait un être à part entière. Le seul fait d'en effectuer le calcul, de le réduire au résultat d'une action opératoire et non créatrice déclenchait l'orage en moi et tous les paratonnerres environnants ne pouvaient manquer d'en vibrer. Sous cet orage, le paratonnerre qu'était M. Aeckert par définition se portait bien à décompter les gouttes de pluie. C'est la question causale, celle que posent les êtres à part entière, celle qui demande POURQUOI LES NUAGES? qui devenait insupportable à M. Aeckert, le chef d'établissement d'un établissement qui était établissement et dans lequel les originaux ne pouvaient trouver place. Il existait une définition de cet établissement comme existe la loi d'Assurbanipal sur la pierre de basalte encore au Musée du Louvre : elle excluait que tel type d'études puisse se faire ici puisqu'il devait se faire là-bas. Il était donc impossible que je puisse présenter l'examen de sortie sur d'autres critères que ceux qui fondaient l'établissement que dirigeait M. Aeckert. Sans cela, trois quatorze dent seize risquait le survoltage.

Je laissais le forcené hurler à la trop forte tension et j'entrais dans l'étude autodidactique, de façon oblique.

Notre entrevue électrique n'avait eu d'autre résultat que de me mettre le pied à l'étrier d'une vie intellectuelle adulte et joyeuse que je montais allégrement tout le restant de mon existence.

FIN

CONVOQUE PAR LE PROVISEUR (1)

M. Aeckert, chef de l'établissement où je me trouvais faire mes études, m'avait convoqué à son bureau. Bon élève, j'étais passé inaperçu dans les petites classes et pendant les premières années de ma scolarité.


M. Aeckert ne se préoccupait d'ailleurs pas des cas individuels. L'élève ne l'intéressait pas ; seul son établissement comptait. Les tournées qu'il effectuait dans la cour de récréation après que la sonnerie eut retenti n'avaient pour autre objectif que la bonne marche de l'école et non le rappel à l'ordre qui aurait pu s'adresser à tel ou tel autre élève traînant à entrer en classe ou à rejoindre les rangs ; cela aurait signifié que ce tel ou tel autre élève devenait un individu, trouvait une personnalité à travers la remontrance du directeur. Aussi se dispensait-il de toute remarque individuelle. Il utilisait des fragments de langage très généraux qu'il lançait à l'encan et que des surveillants, gardiens de l'ordre anonyme de la maison, reprenaient en écho.

M. Aeckert était un tout petit homme sec, maigrelet même. Son costume trois pièces de chef d'établissement était irrémédiablement identique de saison en saison, d'année scolaire en année scolaire. D'origine modeste, il n'avait pas de chic ; que de l'énergie, une énergie démesurée comme en ont souvent les hommes de petite taille.

Pas d'élégance donc, mais une allure! Celle de la fourmi zélée voulant à tout prix battre toutes les autres fourmis zélées dans la marche en doubles files se croisant et dirigées, l'une vers l'aubaine du grain qui risque de disparaître d'un instant à l'autre, la deuxième focalisée sur le secret de la réserve qu'il faut se hâter de constituer, l'hiver survenant souvent on ne sait d'où.

Très compétent dans sa discipline, celle qu'il enseignait avant d'être chef d'établissement, il croyait être le seul à pouvoir en parler. Il ne l'exerçait plus directement puisque chargé de tâches administratives il n'avait plus à enseigner, excepté lorsque l'absence d'un professeur de sa spécialité lui donner l'occasion de se remettre au tableau noir.

Cependant, comme d'autres prient afin que leur bateau arrive à bon port, ce capitaine-là résolvait des équations et dessinait d'étranges épures sur ses buvards de rond de cuir : ce n'étaient que comportements magiques tendant à éloigner de son collège les mauvais sorts qui sont jetés quelquefois à de telles institutions par des consommateurs malveillants non satisfaits des résultats de leurs enfants. Dans le secret de son bureau, les tables tournaient.

Et c’était dans cet antre que je devais pénétrer maintenant.

(à suivre)